21/05/2013

Tribalisme à la BCC : Le pacte «KABILA» - Balubakat

 

C’est un Mulubakat (Muluba du Nord Katanga) nommé Déogracias Mutombo Mwana Nyembo qui est désigné par «Joseph Kabila» pour succéder à Jean-Claude Masangu Mulongo, un autre Mulubakat. Inconnu du grand public jusqu’à sa nomination, le nouveau «Gouv» est «salué» par un seul mot : «Favoritisme». Au motif que ce sont ses origines - et non pas ses compétences éprouvées à l’issu d’une «sélection» - qui l’ont propulsé à ce poste de premier plan. Le pacte secret conclu entre «Joseph Kabila» et la communauté des Baluba du Nord Katanga vient une fois de plus démontrer son "efficacité". Notons que le gouvernement Matata compte 8 ministres natifs du Katanga sur 36. Et ce au mépris de la "représentativité nationale". Quid de la cohésion nationale?

Dans ce Congo-Zaïre où la nomination à un poste en vue est accueillie, à tort, par les parents et amis de «l’élu», comme un privilège et non comme un service à rendre à la collectivité, c’est par des «youyous» que des «mamans» de la BCC ont accueilli la nomination de Déogracias Mutombo Mwana Nyembo au poste de gouverneur de la Banque centrale du Congo. C’était le mardi 14 mai. A en croire des témoins, le cérémonial n’avait rien à envier à l’entrée de Jésus Christ à Jérusalem. Des pagnes furent déployés sous les pieds du nouveau patron de la BCC. 

Lors de la cérémonie de remise-reprise, le gouverneur entrant et le sortant ont rivalisé en «compliments» et autres assauts de civilité. S’adressant à son prédécesseur, Mutombo a déclaré notamment qu’il entend recourir aux «services» de celui-ci «où qu’il soit». Jean Claude Masangu a souhaité «bonne chance» à son successeur en le prévenant que la réussite de son mandat dépendra de sa «détermination, et du degré d’indépendance» dont il fera preuve. «Je reste à votre entière disposition comme l’ont été mes prédécesseurs » dira, en conclusion, le désormais ancien gouverneur de la BCC. Conformément aux dispositions légales, ce dernier a droit à une année de l’intégralité de son traitement sauf s’il obtient une nouvelle nomination dans la fonction publique. Masangu peut donc voir venir au cours des douze prochains mois. Exit donc JC Masangu dont le mandat a été le plus long (16 ans) dans l’histoire de cette institution. 

Qui est Déogracias Mutombo Mwana Nyembo ?

«C’est assez symptomatique de constater en ce troisième millénaire, que le Congo démocratique fasse appel à un simple licencié en sciences économiques pour occuper un poste aussi névralgique, commente un analyste financier joint au téléphone à Kinshasa. Aujourd’hui, le patron d’une banque nationale doit être au minimum titulaire d’un doctorat en économie avec une spécialisation en matière monétaire et auteur de plusieurs publications». Né en 1964 à Kongolo, province du Katanga, Mutombo Mwana Nyembo est détenteur d’une licence en «économie pure» de l’Université de Kinshasa. C’est en 1991 qu’il entame sa carrière professionnelle à la Banque centrale du Congo au poste de chef de bureau à la direction de change. Il exercera par la suite les fonctions suivantes : chef de bureau principal, directeur adjoint chargé des opérations de change, chef de service adjoint et chef de service. Deux ans plus tard, il devient le responsable adjoint de la direction de la comptabilité. En 2008, Deogratias Mutombo est nommé responsable de la direction du "service étranger". C’est depuis septembre 2012 qu’il occupe le poste de directeur des opérations bancaires et des marchés. Poste qui lui a servi de tremplin pour devenir le «boss».

Quelles sont ses «forces» ?

«Sa force tient uniquement à ses origines katangaises», lance, sur un ton cruel, un ancien haut fonctionnaire de la BCC. Selon des sources, le «parrain» du nouveau gouverneur ne serait autre que l’ancien gouverneur de la Banque du Zaïre (BCC), l’imposant Jean Gualbert Nyembo Shabani, un notable hemba, une tribu apparentée à la Balubakat. Pour notre interlocuteur, cette nomination est purement «politico-tribale». Et d’ajouter : «Le favoritisme est devenu un véritable cancer non seulement pour le Congo tout entier mais aussi pour la BCC».

Selon d’autres sources proches de la BCC, il semble bien que Mutombo n’était nullement «en ordre utile» pour succéder à Masangu. Au-dessus de lui, il y avait des personnalités de loin plus «gradées». «Dans l’organigramme de la Banque centrale du Congo, commente un fonctionnaire, Déo Mutombo était subordonné non seulement au directeur général de la politique monétaire Jean Louis Kayembe wa Kayembe mais surtout au vice-gouverneur Jules Bondombe». «Comment expliquer qu’un simple directeur saute toutes ces étapes pour devenir gouverneur de la Banque centrale en l’absence d’une sélection des candidatures?» A en croire certaines «mauvaises langues», Mutombo n’était qu’un «caissier» dont le rôle se limitait «à effectuer des paiements au profit des barons du régime». 

Quelles sont ses faiblesses ?

Il est assez difficile de trouver un agent de la BCC prêt à parier le moindre franc congolais sur les chances de réussite de leur nouveau patron. « Le nouveau gouverneur est un analphabète en matière monétaire», lance un journaliste économique joint à Kinshasa. Procès d’intention ? Le confrère s’en défend en soulignant que Mutombo «n’a jamais étudié ou travaillé sur les questions de politique monétaire et des relations internationales lesquelles constituent le cœur du travail de la Banque centrale». Selon cet interlocuteur, le nouveau promu doit ses promotions successives aux gouverneurs de la BCC d’origine katangaise. C’est le cas de Nyembo Shabani (son oncle) et de JC Masangu. Des voix s’élèvent aussitôt pour qualifier le nouveau « Gouv » de «pistonné». Selon les nombreux avis recueillis auprès de la BCC, «la nomination de Deo Mutombo éloigne tout espoir de renouveau à la BCC». 

Le pacte «Joseph Kabila »-Baluakat

Entre «Joseph Kabila» et les Baluba du Katanga, c’est une longue histoire faite de connivence digne de ces pactes que seuls les mafiosi ont le secret. Né et grandi à l’étranger, «Joseph» a, pour la première fois, foulé le sol du pays qui s’appelait encore Zaïre en octobre 1996. C’était à l’occasion de la guerre de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). C’est à partir du mois de mars 1997 que l’opinion nationale a entendu parler pour la première fois de l’existence d’un fils de LD Kabila prénommé «Joseph». C’était lors de la prise de Kisangani par l’AFDL. Pour la petite histoire, LD Kabila appartient à l’ethnie Luba du Katanga par son père et Lunda ou Karund par sa mère. A Kisangani, des témoins assurent que «Joseph» se présentait comme étant le «commandant Hyppolite» ou «Hyppo». Il ne «baragouinait» pas un seul mot de français. Pire, son swahili était "compliqué" par rapport au swahili local. Des faits qui ont poussé certains à mettre en doute sa filiation. 

Après la prise du pouvoir par l’AFDL le 17 mai 1997, «Joseph» n’a jamais été présenté officiellement par LD Kabila comme son fils. Reste qu’il va assumer de hautes fonctions dans l’armée jusqu’à la mort mystérieuse de Mzee le 16 janvier 2001. Dès le lendemain, «Joseph» est désigné pour assurer la succession. Les Balubakats qui avaient damé les pions aux Tutsi ont compris ce qu’ils pouvaient gagner en offrant à cet «Ovni politique» non seulement un fief, le Katanga, mais aussi une certaine assise sociale. Le pouvoir d’Etat pourrait ainsi rester dans le giron lubakat.

C’est à la fin du mois de janvier 2005, à une année de l’élection présidentielle de 2006, que les Balubakat ont lancé leur "offensive" d’adoubement de "Joseph". Une manifestation est organisée dans la salle du Cinépolis à Kinshasa. Une dizaine de groupes folkloriques venus du Katanga ont animé la rencontre. Célestin Kabuya Lumuna Sando a, à cette occasion, clamé haut et fort l’«appartenance katangaise» de «Joseph Kabila». Pour que personne ne l’ignore, le professeur Kabuya a brandi l’arbre généalogique «attestant» ses dires. Fin février 2005, le Grand chef coutumier des Balubakat, Kasongo Nyembo, prend le relais en déclarant ces mots, après une audience auprès du vice-président de la République Abdoulaye Yerodia Ndombasi : «Le président Joseph Kabila est un Muluba du Katanga. Il est issu du clan Kabila. Ainsi sa nationalité ne peut faire l’objet d’un doute quelconque». «Le Grand chef coutumier Kasongo Nyembo, fort de sa conviction que le président Joseph Kabila est un Mulubakat incontestable, a promis au nom de tous les Balubakat le soutien au chef de l’Etat (…) », écrivait MMC, la branche rédactionnelle du site Digitalcongo.net, propriété de Jaynet Kabila. En octobre 2006, «Joseph» est «élu» président de la République face à Jean-Pierre Bemba Gombo.

Le 28 novembre 2011, l’homme sort à nouveau «victorieux» face à Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Le clan kabiliste s’arroge la majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Les observateurs tant nationaux qu’internationaux dénoncent la tricherie et la fraude. Un homme était aux manettes à la Commission électorale nationale indépendante. Son nom : Daniel Mulunda Ngoy Nyanga. Attaqué de toutes parts, celui-ci s’est senti «lâché» par le «raïs» en dépit des «services rendus». Le 6 février dernier, Mulunda réunit des notables balubakat au bâtiment du 30 juin à Lubumbashi. Parlant en kiluba, il fustigea «l’ingratitude» du «président élu» qu’il accuse de n’avoir rien fait pour le Katanga en général et la partie boréale en particulier.

Informé par quelques participants, le président de l’association socio-culturelle «Buluba-I-Bukata» - laquelle regroupe les Balubakat -, Nday Ngoy Matembo, s’est empressé, de tancer Mulunda. Dans une lettre datée du 8 février 2013, il note : «(…), vous êtes un digne fils Luba, vous avez travaillé (…) pour conserver en famille le pouvoir suprême que Mzee Laurent-Désiré a conquis et légué à son fils biologique Joseph Kabila Kabange. (…), vous avez conduit le processus électoral à bon port en dépit de nombreuses difficultés rencontrées à la grande satisfaction de notre communauté de Buluba-i-Bukata à qui vous avez évité l’humiliation grâce à l’élection de Joseph Kabila Kabange. Le peuple luba tout entier vous restera à jamais reconnaissant.» Il tempête : «Le président Kabila est pour notre communauté une mine d’or très précieuse que nous devons tous protéger quelles que soient ses erreurs». Sans commentaires. 

L’héritage de Masangu

Dans son bulletin daté du 6 mai dernier, l’Agence congolaise de presse publie un commentaire panégyrique sur les seize années de Masangu Mulongo à la tête de la BCC. L’ACP note que lors de sa nomination en mai 1997, Masangu a trouvé la Banque centrale «très malade». Question : dans quel état laisse-t-il l’institution d’émission ? L’ACP de répondre : «La République Démocratique du Congo est fière d’avoir une Banque nationale digne de son nom, réorganisée et restructurée, bien équipée et répondant aux standards internationaux». «En effet, en 2012, poursuit-elle, le pays a enregistré un taux de croissance de 7,2 %, une monnaie nationale stable et des réserves de change de plus en plus importantes et un taux d’inflation de 3 %, un des plus bas de notre histoire, un objectif atteint par la Banque centrale du Congo d’avoir en RDC un taux d’inflation à un seul chiffre».

Les «partisans» de «Jean-Claude» clament la main sur le cœur que ce n’est pas la monnaie qui fait l’économie, mais le contraire. Pour eux, le lancement du franc congolais n’a pas été accompagné par des réformes économiques de nature à redonner la confiance aux investisseurs. Les gouvernants ont traîné les pieds à mettre sur pied un «cadre juridique» susceptible de renforcer la sécurité juridique et judiciaire. Il en est de même d’un cadre «fiscal». «La plus grande réalisation du gouverneur Masangu, commente un ancien cadre de la BCC, se situe au niveau de la modernisation de l’outil du travail. Tous les services ont été informatisés.»

Reste que lors du lancement du franc en juin 1998, la ménagère congolaise devait se délester de 1,43 Fc pour acheter le dollar américain. L’euphorie n’a pas duré. La monnaie a connu une véritable érosion. En dépit de cette évidence, Masangu est resté imperturbable. Droit dans ses bottes. «Jamais, peut-être depuis l’indépendance notre monnaie n’avait connu une si longue période de stabilité. Elle se maintient à présent dans une fourchette entre 420 et 430 francs pour 1 $ US», déclarait-il dans une interview à J.A. n°2220 datée du 27 juillet 2003. Autisme ? En 2008, la parité est passée à 1 $ US contre 560 à 600 francs. Le 16 mai 2013, le même billet vert était échangé contre 918,6073 Fc. 

Sans vouloir tirer sur l’ambulance, force est de relever que l’Histoire retiendra de Masangu une "gestion chaotique" du monde bancaire congolais. «L’ex-Union zaïroise de Banque, UZB, a été absorbée par un nouvel établissement dénommé Union congolaise de Banque, UCB, et pourtant c’est le trésor public qui a pris à sa charge le passif de l’UZB», fait remarquer un expert. Celui-ci de souligner qu’aucun organe de contrôle ne peut jeter un oeil dans les livres de l’UCB. D’aucuns reprochent au «gouverneur sorti» d’avoir donné son «feu vert» à l’agrément de plusieurs banques privées lesquelles se livreraient au blanchiment d’argent. C’est fut, semble-t-il, le cas de la défunte Banque congolaise d’Alfred Yaghi. 

D’autre part, Masangu s’est rendu «coupable» de conflits d’intérêts. A titre illustratif, par acte de vente sans date, le liquidateur de l’ex-Nouvelle Banque de Kinshasa (NBK), l’ingénieur Pepo Lebo, avait conclu un contrat de vente de la villa appartenant à cette banque avec Mademoiselle Patricia Masangu Mwamba, représentée par Maître Nicolas Mabeka ne Niku. Cet immeuble se trouve sur la route du Golf n°7480 à Lubumbashi. Prix de vente : 55.000 $ US que l’acheteur, alors étudiante, a payé «cash» au crédit du compte n°05101-0100191501-57 de l’ex-NBK ouvert à la Raw Bank à Kinshasa. Le liquidateur Mupepo Lebo était chargé de liquider l’ex-NBK sur la base de l’ordre de service n°156/04 du 13 octobre 2004 émis par …le gouverneur de la Banque centrale du Congo. 

Inutile d’évoquer ce dossier judiciaire encore pendant devant les juridictions belges impliquant la Miba dirigée à l’époque par Jean-Charles Okoto et la BCC dans une affaire de blanchiment et de détournement d’argent. Montant : 80 millions $ US. En quelques mots, en janvier 2003, le Congo démocratique veut acheter des armes auprès des firmes ukrainienne et tchèque. Montant payé : 20 millions $ US via un compte de la Miba à la BCC à Bruxelles. C’est ici que les Nations Unies dénoncent des « mouvements de fonds suspects » à la CTIF (Cellule de traitement des informations financières) qui saisit le parquet de Bruxelles. Le reste de cette rondelette somme prendra une destination connue de Masangu et Okoto. 

Rappelons que les Maï Maï Ba Kata Katanga, interrogés par des activistes de la société civile du Katanga, en mars dernier, assurent que le gouverneur JC Masangu était leur «financier». Tandis que John Numbi Banza Tambo leur fournissait des armes. Etrangement, les autorités judiciaires n’ont pas jugé utile d’ouvrir une enquête sur l’enquête des Ong. Le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, est un Mulubakat. «L’objectif poursuivi par des notables balubakat est d’exercer un certain chantage sur «Joseph Kabila», confie un confrère basé à Lubumbashi. En fait, les deux «camps» se tiennent par la barbichette. Qui rira le premier?

Le remplacement d’un Mulubakat par un autre à la BCC vise-t-il à dissimuler les "cadavres" laissés dans les placards au bout des 16 années de gestion solitaire par Masangu? Déogracias Mutombo Mwana Nyembo pourra-t-il réformer la BCC là où Jean-Claude Masangu Mulongo s’est cassé les dents avec un certain "talent"?

"Libération" ou escroquerie politique?

 

  

 

 

Dans un commentaire intitulé "Un certain 17 mai 1997 : le peuple congolais s’en souvient", le journaliste Joseph Kimba de l’ACP - qui a pris l’habitude de confondre le métier de journaliste à celui de propagandiste et d’agent publicitaire - écrit : "Il y a exactement seize ans, jour pour jour, l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo chassait Mobutu du pouvoir, un certain 17 mai 1997, (...), sous le commandement de Mzee Laurent Désiré Kabila, faisait une entrée triomphale à Kinshasa, après avoir conquis tout le reste du territoire national". Et d’ajouter : "Le mérite de l’AFDL, c’est d’avoir canalisé le mouvement de révolte populaire, d’avoir su porter les revendications et les espoirs du peuple jusqu’à terrasser l’une des dictatures les mieux structurées du 20ème siècle". "Personne encore ne pouvait y croire. Car la chute de Mobutu, aux yeux de tous les « Zaïrois », apparaissait comme une utopie, un rêve insensé", ajoute-t-il.

A lire les propos de ce journaliste de l’Agence congolaise de presse, il apparait que la chute du régime de Mobutu Sese Seko tenait et continue à tenir lieu de "programme" ou plutôt de "finalité" pour les dirigeants de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Devrait-on conclure que les ex-Zaïrois avaient "chassé" les mobutistes juste pour que la place vacante soit occupée par des kabilistes tout aussi détestables?

Cet estimé confrère a raté l’occasion de faire une analyse sans concession entre les promesses scandées par l’AFDL, alors "mouvement rebelle", et les changements réalisés par ce mouvement après son accession au pouvoir le 17 mai 1997. Il y a de cela 16 années d’exercice du pouvoir d’Etat. Mobutu a gouverné le Zaïre pendant 32 ans.

Qu’avait promis l’AFDL? Qu’en est-il des résultats? Le débat doit s’articuler autour de ces deux questions.

Dans une communication faite le 30 octobre 1996 à Bruxelles, Gaëtan Kakudji, secrétaire général du Parti de la révolution populaire (PRP) déclarait notamment : "(...), la mission de l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre est de libérer tous les citoyens sans la moindre discrimination raciale, ethnique, tribale ou de nationalité quelconque". Dans le "protocole d’accord" daté du 18 octobre 1996, créant l’AFDL, on pouvait lire les "maux" dont souffre le Zaïre de Mobutu : incapacité à rétablir l’ordre, la paix, l’unité et la concorde nationale; enrichissement scandaleux d’une minorité de prédateurs et de pilleurs des biens publics. S’agissant des droits de l’homme, Kakudji a poussé la coquetterie jusqu’à joindre une dépêche de l’AFP, reprise dans "Le Soir" du 28 octobre1996, avec pour titre : "Droits de l’homme : détérioration". Le texte est tiré du rapport établi par le Chilien Roberto Garreton, rapporteur des Nations Unies. "(...), la situation des droits de l’homme dans ce pays n’a subi aucune amélioration significative (...)", depuis le précédent rapport en 1995. En un mot, l’AFDL avait promis d’instaurer la démocratie et l’Etat de droit.

Après le discours présidentiel du 24 avril 1990 et les travaux de la Conférence nationale souveraine (1991-1992), il ne faisait plus l’ombre d’un doute que les Zaïrois d’alors avaient levé l’option pour l’avènement d’un nouvel ordre politique fondé sur deux valeurs majeures : la démocratie et le respect des droits humains.

L’immaturité politique, la dépendance et les interférences étrangères n’ont pas permis aux citoyens congolais d’aller aux urnes pour choisir leurs gouvernants.
Faute de ressources financières propres et de consensus minimal, les consultations politiques ont été chaque fois reportées. Et ce, de 1991 à 1996.

Créée en octobre 1996 à l’initiative du président Yoweri Museveni de l’Ouganda et du général Paul Kagamé, alors vice-président de la République et ministre de la Défense du Rwanda, pour la traque des "génocidaires" Hutus réfugiés au Zaïre et non pour "canaliser le mouvement de révolte populaire" au Zaïre encore moins de "porter les revendications et les espoirs du peuple". Au départ, LD Kabila n’était qu’un simplement "spokesman". Il faut croire en ses propres mensonges pour prétendre que les troupes de l’AFDL sont entrées à Kinshasa "sous le commandement" de LD Kabila. Le confrère Kimba n’a-t-il jamais entendu du "commandant James" (James Kabarebe) qui était le véritable "patron" des troupes de l’AFDL?

L’instabilité qui règne depuis plus d’une décennie dans les provinces du Kivu et dans la Province Orientale constitue la preuve éclatante que la "libération" du 17 mai 1997 n’était en réalité qu’une vaste escroquerie. Par sa candeur, le peuple congolais a fait entrer les loups dans la bergerie. Il a livré son pays à des mercenaires et autres dirigeants africains sans foi ni loi.

Questions: 16 années après la "libération", les Congolais sont-ils devenus plus libres qu’avant? Le pays est-il mieux administré et gouverné? Les droits et libertés sont-ils respectés par les pouvoirs publics? Quid du pluralisme politique? Les excès reprochés jadis aux "généraux mobutistes" ont-ils disparu? Qu’en est-il de la corruption et du népotisme? Le tribalisme et régionalisme ont-ils disparu?

Jusqu’à quand la chute de Mobutu Sese Seko va-t-il servir de masque pour cacher l’échec retentissant des prétendus "libérateurs" au plan social, économique, politique, culturel et diplomatique. Quid de l’indépendance nationale? Les Congolais ont-ils une quelconque raison d’être fiers de la date du 17 mai 1997? Serait-il excessif de clamer haut et fort que l’AFDL et ses avatars sont complices de l’occupation du Congo-Kinshasa par certains pays voisins?

Nord Kivu : Reprise des hostilités ou banal accrochage ?

 

L’armée congolaise et les combattants du M23 se sont affrontés durant plusieurs heures dans la matinée du lundi 20 mai à une douzaine de kilomètres de la ville de Goma. Les autorités provinciales ont invité la population "au calme" arguant que «la situation est sous contrôle». Les rebelles du M23 prétendent avoir «délogé» les forces gouvernementales de certaines de leurs positions notamment à Mutaho. Les deux camps restent muets sur le bilan de ces affrontements.

Le gouverneur Julien Paluku en séjour à Kinshasa, c’est le vice-gouverneur Feller Lutahichirwa qui est monté en première ligne, lundi après-midi, pour rassurer la population appelant celle-ci «au calme» et à faire confiance à l’armée nationale. Selon le numéro 2 de la province du Nord Kivu, «la situation est sous contrôle». Il a cependant «perdu de vue» d’expliquer à l’opinion l’élément déclencheur du «clash» après cinq mois d’un semblant d’accalmie. On apprenait vaguement que les autorités locales «s’attendaient à une reprise des hostilités». Il faut dire que les gouvernants congolais ont mis tout leur espoir sur la brigade d’intervention des Nations Unies, mise en place par la résolution 2098 du Conseil de sécurité, pour éradiquer les «bandes armées» qui pullulent à l’Est.

Selon des sources proches du M23, c’est une «banale» affaire d’approvisionnement en eau qui serait à l’origine des échauffourées de ce lundi. «Des combattants du M23 se sont rendus ce matin aux environs de 4 heures à l’endroit où ils ont l’habitude de puiser l’eau, relate notre interlocuteur. Ils se sont retrouvés face à des miliciens hutus des FDLR. Des militaires des FARDC sont venus en grand nombre pour porter secours aux miliciens hutus. Voilà comment les affrontements ont commencé». Et d’ajouter : «Nous avons repoussé vigoureusement les forces gouvernementales en les délogeant de certaines de leurs positions notamment à Mutaho». A en croire cette source, les FARDC auraient tenté «sans succès» une contre-attaque pour récupérer leurs positions. «Nos combattants se trouvent à 12 kilomètres de Goma-centre et à moins de 7 kilomètres de l’aéroport de la ville».

Au moment où ces lignes sont écrites, les deux camps affichent un étrange mutisme sur le bilan des combats qui ont eu lieu notamment à l’arme lourde. Comme à l’accoutumée, la population civile se retrouve livrée à elle-même. Près de mille personnes ont fui les zones de combat pour rejoindre le camp de Mugunga.

Par un pur hasard de calendrier, les «leaders politiques et d’opinion» de la province du Nord-Kivu se sont réunis, jeudi 16 et vendredi 17 mai, dans un hôtel à Kinshasa. Le but est d’échanger sur la «sécurisation» de cette région. «Tous les participants, venus de l’intérieur du pays et ceux habitant la capitale, ont convenu, de commun accord, de prendre langue avec leurs frères d’ethnies membres des différents groupes armés, pour enterrer la hache de guerre et regarder ensemble vers l‘avenir afin de reconstruire le Nord-Kivu», indique une dépêche de l’ACP. Quid des causes externes de la crise au Nord Kivu? Pas un mot.

Au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue, jeudi 16 mai, à Kinshasa, le ministre des Médias, Lambert Mende Omalanga, a déclaré que les «concertations nationales» préconisées par «Joseph Kabila», en décembre 2012, «pour contrer la menace de balkanisation du pays devraient être lancées dans les tout prochains jours». Sans rire, Mende d’ajouter que «ces discussions participent à la recherche d’une paix durable dans la région de Grands Lacs autant que l’accord-cadre d’Addis-Abeba et la mission de l’envoyée spéciale du secrétaire général de l’ONU dans la région, Mary Robinson». Il a, dans la foulée, invité les «groupes armés irréguliers» du Kivu « à cesser de s’agiter et se ruer sur les brancards comme ils le font depuis qu’a été confirmé le déploiement de la Force internationale d’intervention». Soufflant le chaud et le froid, Mende a affirmé la volonté du gouvernement central «de résoudre politiquement» la crise à l’Est au motif que «l’option militariste n’est pas une panacée». Il a, toutefois, souligné que «l’idéal serait» que les groupes armés «se désarment volontairement, sinon nous sommes prêts à recourir à la force».

En tous cas, lundi 20 mai, les forces gouvernementales ne semblaient pas prendre un avantage sur les combattants du M23. Le secrétaire général des Nations Unies est attendu mercredi 23 mai à Goma.

RDC : La Monusco impuissante à Pinga ?

La ville de Pinga, à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) s'est vidée de la moitié de sa population à la suite de violents combats entre deux groupes armés fin avril. La passivité des casques bleus sud-africains à Pinga fait douter de l'efficacité de la future Brigade d'intervention spéciale de l'ONU qui se déploie actuellement au Nord-Kivu.

Que s'est-il passé à Pinga fin avril 2013 ? De violents affrontements ont opposé deux groupes rebelles congolais pour le contrôle de cette localité de 60.000 habitant, dans la province du Nord-Kivu. Le 29 avril, les Maï-Maï Cheka se sont emparés de Pinga en y chassant les rebelles de l'Alliance pour un Congo libre et souverain (APCLS). Au coeur du conflit : des problèmes fonciers, le pillage des ressources naturelles, mais aussi la lutte, par milices interposées, entre la rébellion du M23 et le gouvernement congolais. En effet, les Maï-Maï Cheka, ont noué une alliance de circonstance avec le M23, alors que l'APCLS fait office de milice supplétive de l'armée régulière congolaise (FARDC).

"La moitié de la population a fui"

Les combats ont été d'une rare violence et la population civile a été la première victime des affrontements. Médecins sans frontière (MSF), seule ONG présente sur place, a indiqué que "la moitié de la population de Pinga avait fui leurs habitations". 11 membres du personnel congolais de MSF ont également été portés disparus à la suite des combats, avant d'être retrouvés sains et saufs quelques jours plus tard. Depuis les combats de la fin avril, la situation reste "tendue et imprévisible" à Pinga, selon MSF, qui continue de mener son travail dans des conditions extrêmement difficiles.

Que fait la Monusco ?

Ces affrontements auraient-ils pu être évités ? Ironie du sort : une base de la Monusco, la mission des Nations unies pour le Congo, se trouve justement à Pinga. Depuis le début des combats entre milices, les civils s'y sont regroupés aux alentours pour se mettre à l'abri, mais la Monusco n'est pas intervenue sur la terrain. Un expert de la région nous confiait "qu'aucune patrouille n'avait eu lieu", "ni pas de survol à basse altitude pour dissuader les groupes armés", comme c'est quelquefois le cas.

Seconde ironie de la situation à Pinga : les soldats de la Monusco présents sur place viennent... d'Afrique du Sud. Les mêmes soldats sud-africains sont attendus avec impatience au Nord-Kivu dans le cadre de la Brigade d'intervention spéciale de l'ONU, censée éradiquer les groupes armés à l'Est de la République démocratique du Congo. Cette Brigade de 3.069 soldats devraient venir "muscler" les 17.000 casques bleus, déjà présents en RDC, avec un mandat plus "offensif". Pour ce spécialiste de la région, "la situation à Pinga présage de ce qui pourrait se passer avec la Brigade d’intervention qui est en train d’être déployée".

Inaction de la Brigade d'intervention ?

La passivité de la Monusco à Pinga augure mal de l'efficacité de la future Brigade. Toujours selon cet expert, la Monusco se retranche derrière l'inaction de l'armée régulière (FARDC) pour justifier sa non-intervention. "La Monusco, explique-t-il, affirme ne pas pouvoir intervenir sans les FARDC, alors que son mandat (la résolution 2098) le lui permet parfaitement". Une attitude qui fait craindre une "lecture à minima" de leur mandat, avec une efficacité forcement réduite. Ce que craint cet expert, c'est "l'inaction totale de la future Brigade d'intervention au nom de la non mise en danger du personnel des Nations unies". Un risque que n'a visiblement pas fait courir l'Afrique du sud à ses soldat de Pinga fin avril. "Tout au plus, souligne ce spécialiste, cette Brigade ne servira qu'à contenir le M23 et les FDLR, sans réellement lutter contre les nombreux autres groupes armés."